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- Histoire d'un casse-noisette - 20/27 -


comparée au fleuve Limonade, qui se jette dans la mer du Midi qu'on appelle la mer de Punch, ni au lac Orgeat, qui se jette dans la mer du Nord, qu'on appelle la mer de Lait d'amandes.

Non loin de là était un petit village, dans lequel les maisons, les églises, le presbytère du curé, tout enfin était brun; seulement, les toits en étaient dorés, et les murailles resplendissaient incrustées de petits bonbons roses, bleus et blancs.

--Ceci est le village de Massepains, dit Casse-Noisette; c'est un gentil bourg, comme vous voyez, situé sur le ruisseau de Miel. Les habitants en sont assez agréables à voir; seulement, on les trouve sans cesse de mauvaise humeur, attendu qu'ils ont toujours mal aux dents. Mais, chère demoiselle Silberhaus, continua Casse-Noisette, ne nous arrêtons pas, je vous prie, à visiter tous les villages et toutes les petites villes de ce royaume. A la capitale, à la capitale!

Casse-Noisette s'avança alors tenant toujours Marie par la main, mais plus lestement qu'il ne l'avait fait encore; car Marie, pleine de curiosité, marchait côte à côte avec lui, légère comme un oiseau. Enfin, au bout de quelque temps, un parfum de roses se répandit dans l'air, et tout, autour d'eux, prit une couleur rose. Maria remarqua que c'était l'odeur et le reflet d'un fleuve d'essence de rose qui roulait ses petits flots avec une charmante mélodie. Sur les eaux parfumées, des cygnes d'argent, ayant au cou des colliers d'or, glissaient lentement en chantant entre eux les plus délicieuses chansons, à ce point que cette harmonie, qui les réjouissait fort, à ce qu'il parait, faisait sautiller autour d'eux des poissons de diamant.

--Ah! s'écria Marie, voilà le joli fleuve que parrain Drosselmayer voulait me faire à Noël, et moi, je suis la petite fille qui caressait les cygnes.

Le voyage

Casse-Noisette frappa encore une fois dans ses deux mains; alors le fleuve d'essence de rose se gonfla visiblement, et, de ses flots agités, sortit un char de coquillages couvert de pierreries étincelant au soleil, et traîné par des dauphins d'or. Douze charmants petits Maures, avec des bonnets en écailles de dorade et des habits en plumes de colibri, sautèrent sur le rivage, et portèrent doucement Marie d'abord, et ensuite Casse-Noisette, dans le char, qui se mit à cheminer sur l'eau.

C'était, il faut l'avouer, une ravissante chose, et qui pourrait se comparer au voyage de Cléopâtre remontant le Cydnus, que de voir Marie sur son char de coquillages, embaumée de parfums, flottant sur des vagues d'essence de rose, s'avançant traînée par des dauphins d'or, qui relevaient la tête et lançaient en l'air des gerbes brillantes de cristal rosé qui retombaient en pluie diaprée de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Enfin, pour que la joie pénétrât par tous les sens, une douce harmonie commençait de retentir, et l'on entendait de petites voix argentines qui chantaient:

«Qui donc vogue ainsi sur le fleuve d'essence de rose? Est-ce la fée Mab ou la reine Titania? Répondez, petits poissons qui scintillez sous les vagues, pareils à des éclairs liquides; répondez, cygnes gracieux qui glissez à la surface de l'eau; répondez, oiseaux aux vives couleurs qui traversez l'air comme des fleurs volantes.

Et, pendant ce temps, les douze petits Maures qui avaient saut derrière le char de coquillages secouaient en cadence leurs petite parasols garnis de sonnettes, à l'ombre desquels ils abritaient Marie, tandis que celle-ci, penchée sur les flots, souriait au charmant visage qui lui souriait dans chaque vague qui passait devant elle.

Ce fut ainsi qu'elle traversa le fleuve d'essence de rose et s'approcha de la rive opposée. Puis, lorsqu'elle n'en fut plus qu'à la longueur d'une rame, les douze Maures sautèrent, les uns à l'eau, les autres sur le rivage, et, faisant la chaîne, ils portèrent, sur un tapis d'angélique tout parsemé de pastilles de menthe, Marie et Casse-Noisette.

Restait à traverser un petit bosquet, plus joli peut-être encore que la forêt de Noël, tant chaque arbre brillait et étincelait de sa propre essence. Mais ce qu'il y avait de remarquable surtout, c'étaient les fruits pendus aux branches, et qui n'étaient pas seulement d'une couleur et d'une transparence singulières, les les uns jaunes comme des topazes, les autres rouges comme des rubis, mais encore d'un parfum étrange.

--Nous sommes dans le bois des Confitures, dit Casse-Noisette, et au delà de cette lisière est la capitale.

Et, en effet, Marie écarta les dernières branches, et resta stupéfaite en voyant l'étendue, la magnificence et l'originalit de la ville qui s'élevait devant elle, sur une pelouse de fleurs. Non-seulement les murs et les clochers resplendissaient des plus vives couleurs, mais encore, pour la forme des bâtiments, il n'y avait point à espérer d'en rencontrer de pareils sur la terre. Quant aux remparts et aux portes, ils étaient entièrement construits avec des fruits glacés qui brillaient an soleil de leur propre couleur, rendue plus brillante encore par le sucre cristallisé qui les recouvrait! À la porte principale, et qui fut celle par laquelle ils firent leur entrée, des soldats d'argent leur présentèrent les armes, et un petit homme, enveloppé d'une robe de chambre de brocart d'or, se jeta au cou de Casse-Noisette en lui disant:

--Oh! cher prince, vous voilà donc enfin! Soyez le bienvenu Confiturembourg.

Marie s'étonna un peu du titre pompeux qu'on donnait Casse-Noisette; mais elle fut bientôt distraite de son étonnement par une rumeur formée d'une telle quantité de voix qui jacassaient en même temps, qu'elle demanda à Casse-Noisette s'il y avait, dans la capitale du royaume des poupées, quelque émeute ou quelque fête.

--Il n'y a rien de tout cela, chère demoiselle Silberhaus, répondit Casse-Noisette; mais Confiturembourg est une ville joyeuse et peuplée qui fait grand bruit à la surface de la terre; et cela se passe tous les jours, comme vous allez le voir pour aujourd'hui; seulement, donnez-vous la peine d'avancer, voil tout ce que je vous demande.

Marie, poussée à la fois par sa propre curiosité et par l'invitation si polie de Casse-Noisette, hâta sa marche, et se trouva bientôt sur la place du grand marché, qui avait un des plus magnifiques aspects qui se pût voir. Toutes les maisons d'alentour étaient en sucreries, montées à jour, avec galeries sur galeries; et, au milieu de la place, s'élevait, en forme d'obélisque, une gigantesque brioche, du milieu de laquelle s'élançaient quatre fontaines de limonade, d'orangeade, d'orgeat et de sirop de groseille. Quant aux bassins, ils étaient remplis d'une crème si fouettée et si appétissante, que beaucoup de gens très bien mis, et qui paraissaient on ne peut plus comme il faut, en mangeaient publiquement à la cuiller. Mais ce qu'il y avait de plus agréable et de plus récréatif à la fois, c'étaient de charmantes petites gens qui se coudoyaient et se promenaient par milliers, bras dessus bras dessous, riant, chantant et causant pleine voix, ce qui occasionnait ce joyeux tumulte que Marie avait entendu. Il y avait là, outre les habitants de la capitale, des hommes de tous les pays: Arméniens, Juifs, Grecs, Tyroliens, officiers, soldats, prédicateurs, capucins, bergers et polichinelles; enfin toute espèce de gens, de bateleurs et de sauteurs, comme on en rencontre dans le monde.

Bientôt le tumulte redoubla à l'entrée d'une rue qui donnait sur la place, et le peuple s'écarta pour laisser passer un cortège. C'était le Grand Mogol qui se faisait porter sur un palanquin, accompagné de quatre-vingt-treize grands de son royaume et sept cents esclaves; mais, en ce moment même, il se trouva, par hasard, que, par la rue parallèle, arriva le Grand Sultan cheval, lequel était accompagné de trois cents janissaires. Les deux souverains avaient toujours été quelque peu rivaux et, par conséquent, ennemis; ce qui faisait que les gens de leurs suites se rencontraient rarement sans que cette rencontre amenât quelque rixe. Ce fut bien autre chose, on le comprendra facilement, quand ces deux puissants monarques se trouvèrent en face l'un de l'autre; d'abord, ce fut une confusion du milieu de laquelle essayèrent de se tirer les gens du pays; mais bientôt on entendit les cris de fureur et de désespoir: un jardinier qui se sauvait avait abattu, avec le manche de sa bêche, la tête d'un bramine fort considéré dans sa caste, et le Grand Sultan lui-même avait renversé de son cheval un polichinelle alarmé qui avait pass entre les jambes de son quadrupède; le brouhaha allait en augmentant, quand l'homme à la robe de chambre de brocart, qui, la porte de la ville, avait salué Casse-Noisette du titre de prince, grimpa d'un seul élan tout en haut de la brioche, et, ayant sonné trois fois d'une cloche claire, bruyante et argentine, s'écria trois fois:

--Confiseur! confiseur! confiseur!

Aussitôt le tumulte s'apaisa; les deux cortèges embrouillés se débrouillèrent; on brossa le Grand Sultan qui était couvert de poussière; on remit la tête au bramine, en lui recommandant de ne pas éternuer de trois jours, de peur qu'elle ne se décollât; puis, le calme rétabli, les allures joyeuses recommencèrent, et chacun revint puiser de la limonade, de l'orangeade et du sirop de groseille à la fontaine, et manger de la crème à pleines cuillers dans ses bassins.

--Mais, mon cher monsieur Drosselmayer, dit Marie, quelle est donc la cause de l'influence exercée sur ce petit peuple par ce mot trois fois répété:

«Confiseur, confiseur, confiseur?

--Il faut vous dire, Mademoiselle, répondit Casse-Noisette, que le peuple de Confiturembourg croit, par expérience, à la métempsycose, et est soumis à l'influence supérieure d'un principe appelé confiseur, lequel principe lui donne, selon son caprice, et en le soumettant à une cuisson plus ou moins prolongée, la forme qui lui plaît. Or, comme chacun croit toujours sa forme la meilleure, il n'y a jamais personne qui se soucie d'en changer; voilà d'où vient l'influence magique de ce mot _confiseur_, sur les Confiturembourgeois, et comment ce mot, prononcé par le bourgmestre, suffit pour apaiser le plus grand tumulte, comme vous venez de le voir: chacun, à l'instant même,


Histoire d'un casse-noisette - 20/27

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