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- Histoire d'un casse-noisette - 27/27 -


--Hum! dit-il, quand comptez-vous la manger?

--Demain au soir, avec ma mère.

--Bien du plaisir! dit en riant le braconnier.

--Je m'en promets, en effet, du plaisir; mais pourquoi riez-vous?

--Je ris, parce que votre oie est bonne à manger aujourd'hui, et encore, encore, en supposant que vous aimiez les oies faisandées.

--Diable! vous croyez? fit Nicolas.

--Mon cher ami, sachez cela pour votre gouverne: quand on achète une oie, on l'achète vivante; de cette façon-là, on la tue quand on veut, et on la mange quand il convient: croyez-moi, si vous voulez tirer de votre oie un parti quelconque, faites-la rôtir la première auberge que vous rencontrerez sur votre chemin, et mangez-la jusqu'au dernier morceau.

--Non, dit Nicolas; mais faisons mieux: prenez mon oie, qui est morte, et donnez-moi votre perdrix, qui est vivante: je la tuerai demain au matin, et elle sera bonne à manger demain au soir.

--Un autre te demanderait du retour; mais, moi, je suis bon compagnon; quoique ma perdrix soit vivante et que ton oie soit morte, je te donne ma perdrix troc pour troc.

Nicolas prit la perdrix, la mit dans son mouchoir, qu'il noua par les quatre coins, et, pressé d'arriver le plus tôt possible, il laissa son compagnon entrer dans une auberge pour y manger son oie, et continua sa route à travers le village.

Au bout du village, il trouva un rémouleur.

Le rémouleur chantait, tout en repassant des couteaux et des ciseaux, le premier couplet d'une chanson que connaissait Nicolas.

Nicolas s'arrêta et se mit à chanter le second couplet.

Le rémouleur chanta le troisième.

--Bon! lui dit Nicolas, du moment que vous êtes gai, c'est que vous étés content.

--Ma foi, oui! répondit le rémouleur; le métier va bien, et, chaque fois que je mets la main à la pierre, il en tombe une pièce d'argent. Mais que portez-vous donc là qui frétille ainsi dans votre cravate?

--C'est une perdrix vivante.

--Ah!... Où l'avez-vous prise?

--Je ne l'ai pas prise, je l'ai eue en échange d'une oie.

--Et l'oie?

--Je l'avais eue en échange d'un cochon.

--Et le cochon?

--Je l'avais en en échange d'une vache.

--Et la vache?

--Je l'avais eue en échange d'un cheval.

--Et le cheval?

--Je l'avais eu en échange d'un lingot d'or.

--Et ce lingot d'or?

--C'était le prix de mes sept années de service.

--Peste! vous avez toujours su vous tirer d'affaire!

--Oui, jusqu'aujourd'hui, cela a assez bien marché; seulement, une fois rentré chez ma mère, il me faudrait un état dans le genre du vôtre.

--Ah! en effet, c'est un crâne état.

--Est-il bien difficile?

--Vous voyez: il n'y a qu'à faire tourner la meule et en approcher les couteaux ou les ciseaux qu'on veut affûter.

--Oui; mais il faut une pierre.

--Tenez, dit le rémouleur en poussant une vieille meule du pied, en voilà une qui a rapporté plus d'argent qu'elle ne pèse, et cependant elle pèse lourd!

--Et ça coûte cher, n'est-ce pas, une pierre comme celle-là?

--Dame! assez cher, fit le rémouleur; mais, moi, je suis bon garçon: donnez-moi votre perdrix, je vous donnerai ma meule. Ça vous va-t-il?

--Parbleu! est-ce que cela se demande? dit Nicolas; puisque j'aurai de l'argent chaque fois que je mettrai la main à la pierre, de quoi m'inquiéterais-je maintenant?

Et il donna sa perdrix au rémouleur, et prit la vieille meule que l'autre avait mise au rebut.

Puis, la pierre sous le bras, il partit, le coeur plein de joie et les yeux brillants de satisfaction.

--Il faut que je sois né coiffé! se dit Nicolas; je n'ai qu' souhaiter pour que mon souhait soit exaucé!

Cependant, après avoir fait une lieue ou deux, comme il était en marche depuis le point du jour, il commença, alourdi par le poids de la meule, à se sentir très fatigué; la faim aussi le tourmentait, ayant mangé le matin ses provisions de toute la journée, tant sa joie était grande, on se le rappelle, d'avoir troqué sa vache pour un cheval! A la fin, la fatigue prit tellement le dessus, que, de dix pas en dix pas, il était forc de s'arrêter; la meule aussi lui pesait de plus en plus, car elle semblait s'alourdir au fur et à mesure que ses forces diminuaient.

Il arriva, eu marchant comme une tortue, au bord d'une fontaine où bouillonnait une eau aussi limpide que le ciel qu'elle reflétait; c'était une source dont on ne voyait pas le fond.

--Allons, s'écria Nicolas, il est dit que j'aurai de la chance jusqu'au bout; au moment où j'allais mourir de soif, voilà une fontaine!

Et, posant sa meule an bord de la source, Nicolas se mit à plat ventre, et but à sa soif pendant cinq minutes.

Mais, en se relevant, le genou lui glissa; il voulut se retenir la meule, et, en se retenant, il poussa la pierre, qui tomba l'eau et disparut dans les profondeurs de la source.

--En vérité! dit Nicolas demeurant un instant à genoux pour prononcer son action de grâce, le bon Dieu est réellement bien bon de m'avoir débarrassé de cette lourde et maussade pierre, sans que j'aie le plus petit reproche à me faire.

Et, allégé de tout fardeau, les mains et les poches vides, mais le coeur joyeux, il reprit, tout courant, le chemin de la maison de sa mère.

FIN


Histoire d'un casse-noisette - 27/27

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