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- Les Caves du Vatican - 20/43 -


-- Valentine de Saint-Prix m'a bien fait promettre de ne point parler de cela à personne, hasarda timidement Arnica.

-- Blafaphas n'est pas quelqu'un; et nous lui recommanderons de garder cela pour lui seul, strictement.

-- Comment veux-tu partir sans qu'on le sache?

-- On saura que je pars, mais on ne saura pas où je vais.

Puis, se tournant vers elle, sur un ton pathétique, il implorait: Arnica, ma chérie... laisse-moi y aller.

Elle sanglotait. A présent c'était elle qui réclamait l'appui de Blafaphas. Amédée l'allait quérir, quand, de lui-même, l'autre s'amena, frappant à la vitre du salon d'abord, selon son habitude.

-- Voilà bien la plus curieuse histoire que j'aie entendue de ma vie, s'écria-t-il dès qu'on l'eut mis au fait. Non! mais en vérité, qui se serait attendu à rien de pareil? -- Et brusquement, avant que Fleurissoire eût rien dit de ses intentions: -- Mon ami, nous n'avons qu'une chose à faire: partir.

-- Tu vois, dit Amédée, c'est sa première pensée.

-- Moi, malheureusement, je suis retenu par la santé de mon pauvre père, fut la seconde.

-- Après tout, il vaut mieux que je sois seul, reprit Amédée. A deux, nous nous ferions remarquer.

-- Vas-tu seulement savoir comment t'y prendre?

Alors Amédée levait le haut du corps et les sourcils avec l'air de dire: Je ferai de mon mieux, que veux-tu! Blafaphas continuait:

-- Vas-tu savoir à qui t'adresser? Où aller?... Au juste qu'est-ce que tu vas faire là-bas?

-- D'abord reconnaître ce qui en est.

-- Car enfin, si rien de tout cela n'était vrai?

-- Précisément, je ne peux pas rester dans le doute.

Et Gaston s'écriait aussitôt:

-- Moi non plus.

-- Mon ami, réfléchis encore, essayait Arnica.

-- C'est tout réfléchi: Je pars secrètement, mais je pars.

-- Quand? Tu n'as rien de prêt.

-- Dès ce soir. Que me faut-il tant?

-- Mais tu n'as jamais voyagé. Tu ne vas pas savoir.

-- Tu verras cela, ma petite. Je vous raconterai mes aventures, disait-il avec un gentil petit ricanement qui lui secouait la pomme d'Adam.

-- Tu vas t'enrhumer, c'est certain.

-- Je mettrai ton foulard.

Il s'arrêtait dans sa marche, pour soulever du bout de l'index le menton d'Arnica, comme on fait aux poupons que l'on veut amener à sourire. Gaston gardait une attitude réservée. Amédée s'approcha de lui:

-- Je compte sur toi pour consulter l'indicateur. Tu me diras quand j'ai un bon train pour Marseille; avec des troisièmes. Si, si, je tiens à prendre des troisièmes. Enfin prépare-moi un horaire détaillé, avec les endroits où il faut que je change; et les buffets; jusqu'à la frontière; après, je serai lancé, je me débrouillerai et Dieu me guidera jusqu'à Rome. Vous m'écrirez là-bas, poste restante.

L'importance de sa mission lui surchauffait périlleusement la cervelle. Après que Gaston fut reparti il arpentait toujours la pièce; il murmurait:

-- Qu'à moi soit réservé cela! plein d'une admiration et d'une reconnaissance attendrie: il avait donc enfin sa raison d'être. Ah! par pitié, Madame, ne le retenez pas! Il est si peu d'êtres sur terre qui savent trouver leur emploi.

Tout ce qu'obtint Arnica c'est qu'il passât encore cette nuit auprès d'elle, Gaston ayant d'ailleurs marqué sur l'horaire, qu'il apporta dans la soirée, le train de 8 heures du matin comme le plus pratique.

Ce matin-là, il pleuvait dru. Amédée ne consentit point à ce qu'Arnica ni Gaston l'accompagnassent à la gare. Et personne n'eut un regard d'adieu pour le cocasse voyageur aux yeux d'alose, au col caché par un foulard grenat, qui tenait à la main droite une valise de toile grise où sa carte de visite était clouée, à la main gauche un vieux riflard, sur le bras un châle à carreaux verts et bruns -- qu'emporta le train vers Marseille.

IV.

Vers cette époque, un important congrès de sociologie rappelait à Rome le comte Julius de Baraglioul. Il n'était peut-être pas spécialement convoqué (ayant sur les questions sociales plutôt des convictions que des compétences), mais il se réjouissait de cette occasion d'entrer en rapport avec quelques illustres sommités. Et comme Milan se trouvait tout naturellement sur sa route, Milan, où, comme l'on sait, sur les conseils du père Anselme, les Armand-Dubois étaient allés demeurer, il en profiterait pour revoir un peu son beau-frère.

Le jour même que Fleurissoire quittait Pau, Julius sonnait à la porte d'Anthime.

On l'introduisit dans un misérable appartement de trois pièces -- si l'on peut compter pour une pièce l'obscure soupente où Véronique faisait elle-même cuire quelques légumes, ordinaire de leurs repas. Un hideux réflecteur de métal renvoyait blafard le jour étroit d'une courette; Julius, gardant à la main son chapeau plutôt que de le poser sur la douteuse toile cirée qui recouvrait une table ovale, et restant debout par horreur de la molesquine, saisit le bras d'Anthime et s'écria:

-- Vous ne pouvez rester ici, mon pauvre ami.

-- De quoi me plaignez-vous? dit Anthime.

Au bruit des voix Véronique était accourue:

-- Croiriez-vous, mon cher Julius, qu'il ne trouve rien d'autre à dire, devant les passe-droits et les abus de confiance dont vous nous voyez victimes.

-- Qui vous a fait partir pour Milan?

-- Le père Anselme; de toute façon nous ne pouvions garder l'appartement in Lucina.

-- Qu'en avions-nous besoin? dit Anthime.

-- Là n'est pas la question. Le père Anselme vous promettait compensation. A-t-il connu votre misère?

-- Il feint de l'ignorer, dit Véronique.

-- Il faut vous plaindre à l'Évêque de Tarbes.

-- C'est ce qu'Anthime a fait.

-- Qu'a-t-il dit?

-- C'est un excellent homme; il m'a vivement encouragé dans ma foi.

-- Mais depuis que vous êtes ici, n'en avez-vous appelé à personne?

-- J'ai failli voir le cardinal Pazzi qui m'avait marqué de l'attention, et à qui j'avais récemment écrit; il a bien passé par Milan, mais il m'a fait dire par son valet...

-- Qu'une crise de goutte regrettait de le tenir à la chambre, interrompit Véronique.

-- Mais c'est abominable! Il faut en aviser Rampolla, s'écria Julius.

-- L'aviser de quoi, cher ami? il est de fait que je suis un peu dénué; mais qu'avons-nous besoin davantage? J'errais, tu temps de ma prospérité; j'étais pécheur; j'étais malade. A présent, me voici guéri. Jadis vous aviez beau jeu de me plaindre. Vous le savez, pourtant: les faux biens détournent de Dieu.

-- Mais enfin ces faux biens vous sont dus. Je consens que l'Église vous enseigne à les mépriser, mais non point qu'elle vous en frustre.

-- Voilà parler, dit Véronique. Avec quel soulagement je vous écoute, Julius. Ses résignations, à lui, me font bouillir; pas moyen de l'amener à se défendre; il s'est laissé plumer comme un oison, disant merci à tous ceux qui voulaient bien prendre, et prenaient au nom du Seigneur.

-- Véronique, il m'est pénible de t'entendre parler ainsi; tout ce qu'on fait au nom du Seigneur est bien fait.

-- Si vous trouvez plaisant d'être jobard...

-- Dans jobard il y a Job, mon ami.

Alors Véronique, se tournant vers Julius:

-- Vous l'entendez? Eh bien! il est pareil à cela tous les jours; il n'a plus en bouche que des capucinades; et quand j'ai bien trimé, faisant marché, cuisine et ménage, Monsieur cite son Évangile, trouve que je m'agite pour bien des choses et me conseille de regarder les lis des champs.

-- Je t'aide de mon mieux, mon amie, reprit Anthime, d'une voix séraphique; je t'ai maintes fois proposé, puisque je suis ingambe à présent, d'aller au marché ou de faire le ménage à ta place.


Les Caves du Vatican - 20/43

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