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- Les Caves du Vatican - 6/43 -


l'esprit allait de pair avec le corps), Anthime était agenouillé.

Il était à genoux, Anthime; il tenait à deux mains un petit débris de stuc qu'il trempait de larmes, qu'il couvrait de frénétiques baisers. Il ne se dérangea pas d'abord, et Véronique, devant ce mystère, interdite, n'osant ni reculer ni entrer, déjà pensait à s'agenouiller elle-même, sur le seuil, en face de son mari, quand celui-ci se relevant sans effort, ô miracle! marcha vers elle d'un pas sûr, et la saisissant à pleins bras:

-- Désormais, lui dit-il en la pressant contre son coeur et le visage penché vers elle, -- désormais, mon amie, c'est avec moi que tu prieras.

VII

La conversion du franc-maçon ne pouvait demeurer longtemps secrète. Julius de Baraglioul n'attendit pas un jour pour en faire part au cardinal André, qui l'ébruita dans le parti conservateur et dans le haut clergé français; tandis que Véronique l'annonçait au père Anselme, de sorte que la nouvelle en parvenait bientôt aux oreilles du Vatican.

Sans doute Armand-Dubois avait été l'objet d'une faveur insigne. Que la Vierge lui fût réellement apparue, c'est ce qu'il était peut-être imprudent d'affirmer; mais quand bien même il l'aurait vue seulement en rêve, sa guérison du moins était là, indéniable, miraculeuse assurément.

Or, s'il suffisait peut-être à Anthime d'être guéri, cela ne suffisait pas à l'Église, qui réclama une abjuration manifeste, prétendant l'entourer d'un insolite éclat.

-- Eh quoi! lui disait à quelques jours de la le père Anselme, vous auriez, au cours de vos erreurs, propagé par tous les moyens l'hérésie, et vous vous déroberiez aujourd'hui à l'enseignement supérieur que le ciel entend tirer de vous-même? Combien d'âmes les fausses lueurs de votre vaine science n'ont-elles pas détournées de la lumière! Il vous appartient de les rallier aujourd'hui, et vous hésiteriez à le faire? Que dis-je: il vous appartient? C'est votre strict devoir; et je ne vous ferai point cette injure de supposer que vous ne le sentiez pas.

Non, Anthime ne se dérobait pas à ce devoir; toutefois il ne laissait pas d'en redouter les conséquences. De gros intérêts qu'il avait en Egypte étaient, nous l'avons dit, entre les mains des francs-maçons. Que pouvait-il sans l'assistance de la Loge? Et comment espérer qu'elle continuerait à soutenir celui qui précisément la reniait. Comme il avait attendu d'elle sa fortune, il se voyait à présent tout ruiné.

Il s'en ouvrit au père Anselme. Celui-ci, qui ne connaissait pas le haut grade d'Anthime, s'en réjouit fort, en pensant que l'abjuration en serait d'autant remarquée. Deux jours après, le haut grade d'Anthime n'était plus un secret pour aucun des lecteurs de _l'Osservatore_ ni de la _Santa Groce_.

-- Vous me perdez, disait Anthime.

-- Eh! mon fils, au contraire, répondait le père Anselme; nous vous apportons le salut. Quant à ce qui est des besoins matériels, n'en ayez cure: l'Église y subviendra. J'ai longuement entretenu de votre cas le cardinal Pazzi qui doit en référer à Rampolla; vous dirai-je enfin que, déjà votre abjuration n'est pas ignorée de notre Saint-Père; l'Église saura reconnaître ce que vous sacrifiez pour elle et n'entend pas que vous soyez frustré. Au demeurant, ne pensez-vous pas que vous vous exagérez l'efficace (il souriait) des francs-maçons dans l'occurence? Ce n'est pas que je ne sache qu'il faut trop souvent compter avec eux!... Enfin avez-vous fait l'estimation de ce que vous craignez que leur hostilité ne vous fasse perdre? Dites-nous la somme, à peu près et... (il leva l'index de la main gauche à hauteur du nez, avec une bénignité malicieuse) et ne craignez rien.

Dix jours après les fêtes du Jubilé, l'abjuration d'Anthime se fit au Gesu, entouré d'une pompe excessive. Je n'ai pas à relater cette cérémonie dont s'occupèrent tous les journaux italiens de l'époque. Le père T., socius du général des Jésuites, prononça à cette occasion un de ses plus remarquables discours: Certainement l'âme du franc-maçon était tourmenté jusqu'à la folie, et l'excès même de sa haine était un présage d'amour. L'orateur sacré rappelait Saul de Tarse, découvrait entre le geste iconoclaste d'Anthime et la lapidation de saint Etienne de surprenantes analogies. Et pendant que l'éloquence du révérend père se gonflait et roulait à travers la nef comme roule dans une grotte sonore la houle épaisse des marées. Anthime songeait à la frêle voix de sa nièce, et dans le secret de son coeur remerciait l'enfant d'avoir appelé sur les péchés de l'oncle impie l'attention miséricordieuse de Celle qu'il voulait uniquement servir désormais.

A partir de ce jour, rempli de préoccupations plus hautes, c'est à peine si Anthime s'aperçut du bruit qui se faisait autour de son nom. Julius de Baraglioul prenait soin d'en souffrir pour lui, et n'ouvrait pas les journaux sans battements de coeur. Au premier enthousiasme des feuilles orthodoxes répondaient à présent les huées des organes libéraux: à l'important article de _l'Osservatore_, "Une nouvelle victoire de l'Église", faisait pendant la diatribe du _Tempo Felice_, "Un imbécile de plus". Enfin, dans _La Dépêche de Toulouse_, la chronique d'Anthime, envoyée l'avant-veille de sa guérison, parut précédée d'une notice gouailleuse; Julius répondit au nom de son beau-frère une lettre à la fois digne et sèche pour avertir _La Dépêche_ qu'elle n'aurait plus désormais à compter "le converti" parmi ses collaborateurs. La _Zukunft_ prit les devants et remercia poliment Anthime. Celui-ci acceptait les coups de ce visage serein qu'apprête l'âme vraiment dévote.

-- Heureusement le _Correspondant_ va vous être ouvert; ça, j'en réponds, disait Julius d'une voix sifflante.

-- Mais, cher ami, que voulez-vous que j'y écrive? objectait bénévolement Anthime; rien de ce qui m'occupait hier ne m'intéresse plus aujourd'hui.

Puis le silence s'était fait. Julius avait dû rentrer à Paris.

Anthime cependant, pressé par le père Anselme, avait docilement quitté Rome. Sa ruine matérielle avait vite suivi le retrait de l'appui des Loges; et les visites auxquelles Véronique, confiante dans l'appui de l'Église, le poussait, n'ayant pas eu d'autre résultat que de lasser et finalement d'indisposer le haut clergé, amicalement il avait été conseillé d'aller attendre à Milan la compensation naguère promise et les reliefs d'une faveur céleste éventée.

Livre Deuxième.

JULIUS DE BARAGLIOUL

"Puisqu'il ne faut jamais ôter le retour à personne."

- VIII, p. 93

I.

Le 30 mars, à minuit, les Baraglioul rentrèrent à Paris et réintégrèrent leur appartement de la rue de Verneuil.

Tandis que Marguerite s'apprêtait pour la nuit, Julius, une petite lampe à la main et des pantoufles aux pieds, pénétra dans son cabinet de travail, qu'il ne retrouvait jamais sans plaisir. La décoration de la pièce était sobre; quelques Lépine et un Boudin pendaient aux murs; dans un coin, sur un socle tournant, un marbre, le buste de sa femme Chapu, faisait une tache un peu crue; au milieu de la pièce, une table Renaissance énorme où, depuis son départ, s'amoncelaient livres, brochures et prospectus; sur un plateau d'émail cloisonné quelques cartes de visite cornées, et à l'écart du reste, appuyée bien en évidence contre un bronze de Barye, une lettre où Julius reconnut l'écriture de son vieux père. Il déchira tout aussitôt l'enveloppe et lut:

_Mon cher fils,

Mes forces ont beaucoup diminué ces derniers jours. A de certains avertissements qui ne trompent pas je comprends qu'il est temps de plier bagage; aussi bien j'ai-je plus grand profit à attendre d'une station plus prolongée.

Je sais que vous rentrer à Paris cette nuit et je compte que vous voudrez bien me rendre sans tarder un service: En vue de quelques dispositions dont je vous aviserai tôt ensuite, j'ai besoin de savoir si un jeune homme, du nom de Lafcadio Wluiki (on prononce Louki, le W et l'i se font à peine sentir), habite encore au douze de l'impasse Claude-Bernard.

Je vous serai obligé de bien vouloir rendre à cette adresse et de demander à voir le susdit. (Vous trouverez facilement, romancier que vous êtes, un prétexte pour vous introduire.) Il m'importe de connaître:

1° ce qui fait le jeune homme; 2° ce qu'il compte faire (a-t-il de l'ambition? de quel ordre?); 3° Enfin vous m'indiquerez quels vous paraissent être ses ressources, ses facultés, ses appétits, ses goûts...

Ne cherchez pas à me voir pour l'instant: je suis d'humeur chagrine. Ces renseignements aussi bien pouvez-vous me les écrire en quelques mots. S'il me prend désir de causer, ou si je me sens près du grand départ, je vous ferai signe. Je vous embrasse.

Juste-Agénor de Baraglioul.

P.S.-- Ne laissez point paraître que vous venez de ma part; le jeune homme m'ignore et doit continuer de m'ignorer. Lafcadio Wluiki a présentement dix-neuf ans. Sujet roumain. Orphelin. J'ai parcouru votre dernier livre. Si, après cela, vous n'entrez pas à l'Académie, vous êtes impardonnable d'avoir écrit ces sornettes._

On ne pouvait le nier: le dernier livre de Julius avait mauvaise presse. Bien qu'il fût fatigué, le romancier parcourut les découpures des journaux où l'on citait son nom sans bienveillance. Puis il ouvrit une fenêtre et respira l'air brumeux de la nuit. Les fenêtres du cabinet de Julius donnaient sur des jardins d'ambassade, bassin d'ombre lustrale où les yeux et l'esprit se lavaient des vilenies du monde et de la rue. Il écouta quelques instants le chant pur d'un merle invisible. Puis rentra dans la chambre où Marguerite reposait déjà.

Comme il redoutait l'insomnie il prit sur la commode un flacon de fleur d'oranger dont il faisait fréquent usage. Soucieux des prévenances


Les Caves du Vatican - 6/43

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