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- Le Lutrin - 3/8 -


A suivre ce grand chef l'un et l'autre s'apprête : Leur coeur semble allumé d'un zèle tout nouveau ; Brontin tient un maillet ; et Boirude un marteau. La lune, qui du ciel voit leur démarche altière, Retire en leur faveur sa paisible lumière. La Discorde en sourit, et, les suivant des yeux, De joie, en les voyant, pousse un cri dans les cieux. L'air, qui gémit du cri de l'horrible déesse, Va jusque dans Citeaux réveiller la Mollesse. C'est là qu'en un dortoir elle fait son séjour : Les Plaisirs nonchalants folâtrent à l'entour ; L'un pétrit dans un coin l'embonpoint des chanoines ; L'autre broie en riant le vermillon des moines : La Volupté la sert avec des yeux dévots, Et toujours le Sommeil lui verse des pavots. Ce soir, plus que jamais, en vain il les redouble. La Mollesse à ce bruit se réveille, se trouble : Quand la Nuit, qui déjà va tout envelopper, D'un funeste récit vient encor la frapper ; Lui conte du prélat l'entreprise nouvelle : Aux pieds des murs sacrés d'une sainte chapelle, Elle a vu trois guerriers, ennemis de la paix, Marcher à la faveur de ses voiles épais. La Discorde en ces lieux menace de s'accroître : Demain avec l'aurore un lutrin va paraître, Qui doit y soulever un peuple de mutins : Ainsi le ciel l'écrit au livre des destins.

A ce triste discours, qu'un long soupir achève, La Mollesse, en pleurant, sur un bras se relève, Ouvre un oeil languissant, et, d'un faible voix, Laisse tomber ces mots qu'elle interrompt vingt fois : O Nuit ! que m'as-tu dit ? quel démon sur la terre Souffle dans tous les coeurs la fatigue et la guerre ? Hélas ! qu'est devenu ce temps, cet heureux temps, Où les rois s'honoraient du nom de fainéants, S'endormaient sur le trône, et me servant sans honte Laissaient leur sceptre aux mains d'un maire ou d'un comte ! Aucun soin n'approchait de leur paisible cour : On reposait la nuit, on dormait tout le jour. Seulement au printemps, quand Flore dans les plaines Faisait taire des vents les bruyantes haleines, Quatre boeufs attelés, d'un pas tranquille et lent, Promenaient dans Paris le monarque indolent. Ce doux siècle n'est plus. Le ciel impitoyable A placé sur le trône un prince infatigable. Il brave mes douceurs, il est sourd à ma voix : Tous les jours il m'éveille du bruit de ses exploits. Rien ne peut arrêter sa vigilante audace : L'été n'a point de feux, l'hiver n'a point de glace. J'entends à son seul nom tous mes sujets frémir En vain deux fois la paix a voulu l'endormir ; Loin de moi son courage, entraîné par la gloire, Ne se plaît qu'à courir de victoire en victoire. Je me fatiguerais de te tracer le cours Des outrages cruels qu'il me fait tous les jours. Je croyais, loin des lieux où ce prince m'exile, Que l'Eglise du moins m'assurait un asile. Mais qu'en vain j'espérais y régner sans effroi : Moines, abbés prieurs, tout s'arme contre moi. Par mon exil honteux la Trappe est ennoblie ; J'ai vu dans Saint Denys la réforme établie ; La Carme, le Feuillant, s'endurcit aux travaux ; Et la règle déjà se remet dans Clairvaux. Citeaux dormait encor, et la sainte Chapelle Conservait du vieux temps l'oisiveté fidèle : Et voici qu'un lutrin, prêt à tout renverser, D'un séjour si chéri vient encor me chasser ! O toi, de mon repos, compagne aimable et sombre, A de si noirs forfaits prêteras-tu ton ombre ? Ah ! Nuit, si tant de fois, dans les bras de l'amour, Je t'admis aux plaisirs que je cachais au jour, Du moins ne permets pas... La Mollesse oppressée Dans sa bouche à ce mot sent sa langue glacée ; Et, lasse de parler, succombant sous l'effort, Soupire, étend les bras, ferme l'oeil et s'endort.

CHANT TROISIEME

Mais la nuit aussitôt de ses ailes affreuses Couvre des Bourguignons les campagnes vineuses, Revole vers Paris, et, hâtant son retour, Déjà de Mont-Lhéri voit la fameuse tour. Ses murs, dont le sommet se dérobe à la vue, Sur la cime d'un roc s'allongent dans la nue, Et présentant de loin leur objet ennuyeux, Du passant qui le fuit semblent le suivre des yeux. Mille oiseaux effrayants, mille corbeaux funèbres, De ces murs désertés habitent les ténèbres. Là, depuis trente hivers, un hibou retiré Trouvait contre le jour un refuge assuré. Des désastres fameux ce messager fidèle Sait toujours des malheurs la première nouvelle, Et, tout prêt d'en semer le présage odieux, Il attendait la nuit dans ces sauvages lieux. Aux cris qu'à son abord vers le ciel il envoie, Il rend tous ses voisins attristés de sa joie. La plaintive Prognée de douleur en frémit ; Et, dans les bois prochains, Philomène en gémit. Suis-moi, lui dit la Nuit. L'oiseau plein d'allégresse Reconnaît à ce ton la voix de sa maîtresse. Il la suit : et tous deux, d'un cours précipité, De Paris à l'instant ils abordent la cité ; Là, s'élançant d'un vol que le vent favorise, Ils montent au sommet de la fatale église. La Nuit baisse la vue, et, du haut du clocher, Observe les guerriers, les regarde marcher. Elle voit le barbier qui, d'une main légère, Tient un verre de vin qui rit dans la fougère ; Et chacun, tour à tour s'inondant de ce jus, Célébrer, en riant, Gilotin et Bacchus. Ils triomphent, dit-elle, et leur âme abusée Se promet dans mon ombre une victoire aisée : Mais allons ; il est temps qu'il connaissent la Nuit. A ces mots, regardant le hibou qui la suit, Elle perce les murs de la voûte sacrée ; Jusqu'à la sacristie elle s'ouvre une entrée Et, dans le ventre creux du pupitre fatal, Va placer de ce pas le sinistre animal.

Mais les trois champions, pleins de vin et d'audace, Du palais cependant passent la grande place ; Et, suivant de Bacchus les auspices sacrés, De l'auguste chapelle ils montent les degrés. Ils atteignaient déjà le superbe portique Où Ribou le libraire, au fond de sa boutique, Sous vingt fidèles clefs, garde et tient en dépôt L'amas toujours entier des écrits de Haynaut : Quand Boirude, qui voit que le péril approche, Les arrête, et, tirant un fusil de sa poche, Des veines d'un caillou, qu'il frappe au même instant, Il fait jaillir un feu qui pétille en sortant ; Et bientôt, au brasier d'une mèche enflammée, Montre, à l'aide du soufre, une cire allumée. Cet astre tremblotant, dont le jour les conduit, Est pour eux un soleil au milieu de la nuit. Le temple à sa faveur est ouvert par Boirude : Ils passent de la nef la vaste solitude, Et dans la sacristie entrant, non sans terreur, En percent jusqu'au fond la ténébreuse horreur.

C'est là que du lutrin gît la machine énorme : La troupe quelque temps en admire la forme. Mais le barbier, qui tient les moments précieux : Ce spectacle n'est pas pour amuser nos yeux, Dit-il : ce temps est cher, portons-le dans le temple : C'est là qu'il faut demain qu'un prélat le contemple. Et d'un bras, à ces mots, qui peut tout ébranler, Lui-même, se courbant, s'apprête à le rouler. Mais à peine il y touche, ô prodige incroyable ! Que du pupitre sort une voix effroyable. Brontin en est ému, le sacristain pâlit ; Le perruquier commence à regretter son lit. Dans son hardi projet toutefois il s'obstine ; Lorsque des flanc poudreux de la vaste machine L'oiseau sort en courroux, et, d'un cri menaçant, Achève d'étonner le barbier frémissant : De ses ailes dans l'air secouant la poussière, Dans la main de Boirude il éteint la lumière. Les guerriers à ce coup demeurent confondus ; Ils regagnent la nef, de frayeur éperdus : Sous leurs corps tremblotants leurs genoux s'affaiblissent, D'une subite horreur leurs cheveux se hérissent ; Et bientôt, au travers des ombres de la nuit, Le timide escadron se dissipe et s'enfuit.

Ainsi lorsqu'en un coin, qui leur tient lieu d'asile, D'écoliers libertins une troupe indocile, Loin des yeux d'un préfet au travail assidu Va tenir quelquefois un brelan défendu : Si du vaillant Argas la figure effrayante Dans l'ardeur du plaisir à leurs yeux se présente, Le jeu cesse à l'instant, l'asile est déserté, Et tout fuit à grand pas le tyran redouté.

La Discorde, qui voit leur honteuse disgrâce, Dans les airs, cependant tonne, éclate, menace, Et, malgré la frayeur dont leurs coeurs sont glacés, S'apprête à réunir ses soldats dispersés. Aussitôt de Sidrac elle emprunte l'image : Elle ride son front, allonge son visage, Sur un bâton noueux laisse courber son corps, Dont la chicane semble animer les ressorts ; Prend un cierge en sa main, et d'une voix cassée, Vient ainsi gourmander la troupe terrassée.

Lâches, où fuyez-vous ? quelle peur vous abat ? Aux cris du vil oiseau vous cédez sans combat ? Où sont ces beaux discours jadis si pleins d'audace ? Craignez-vous d'un hibou l'impuissante grimace ?


Le Lutrin - 3/8

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