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- Le Lutrin - 4/8 -


Que feriez-vous, hélas, si quelque exploit nouveau Chaque jour, comme moi, vous traînait au barreau ; S'il fallait, sans amis, briguant une audience, D'un magistrat glacé soutenir la présence, Ou, d'un nouveau procès, hardi solliciteur, Aborder sans argent un clerc de rapporteur ? Croyez-moi, mes enfants, je vous parle à bon titre : J'ai moi seul autrefois plaidé tout un chapitre ; Et le barreau n'a point de monstres si hagards, Dont mon oeil n'ait cent fois soutenu les regards. Tous les jours sans trembler j'assiégeais leurs passages. L'Eglise était alors fertile en grands courages : Le moindre d'entre nous, sans argent, sans appui, Eût plaidé le prélat, et le chantre avec lui. Le monde, de qui l'âge avance les ruines, Ne peut plus enfanter de ces âmes divines : Mais que vos coeurs, du moins, imitant leurs vertus, De l'aspect d'un hibou ne soient pas abattus. Songez quel déshonneur va souiller votre gloire, Quand le chantre demain entendra sa victoire. Vous verrez tous les jours le chanoine insolent, Au seul mot de hibou, vous sourire en parlant. Votre âme, à ce penser, de colère murmure : Allez donc de ce pas en prévenir l'injure ; Méritez les lauriers qui vous sont réservés, Et ressouvenez-vous quel prélat vous servez. Mais déjà la fureur dans vos yeux étincelle. Marchez, courez, volez où l'honneur vous appelle. Que le prélat, surpris d'un changement si prompt, Apprenne la vengeance aussitôt que l'affront.

En achevant ces mots, la déesse guerrière De son pied trace en l'air un sillon de lumière ; rend aux trois champions leur intrépidité, Et les laisse tout pleins de sa divinité.

C'est ainsi, grand Condé, qu'en ce combat célèbre, Où ton bras fit trembler le Rhin, l'Escaut et l'Ebre, Lorsqu'aux plaines de Lens nos bataillons poussés Furent presque à tes yeux ouverts ou renversés, Ta valeur, arrêtant les troupes fugitives, Rallia d'un regard leurs cohortes craintives ; Répandit dans leurs rangs ton esprit belliqueux, Et força la victoire à te suivre avec eux.

La colère à l'instant succédant à la crainte, Ils rallument le feu de leur bougie éteinte : Ils rentrent ; l'oiseau sort : l'escadron raffermi Rit du honteux départ d'un si faible ennemi. Aussitôt dans le choeur la machine emportée Est sur le banc du chantre à grand bruit remontée. Ses ais demi-pourris, que l'âge a relâchés, Sont à coups de maillet unis et rapprochés. Sous les coups redoublés tous les bancs retentissent, Les murs en sont émus, les voûtes en mugissent. Et l'orgue même en pousse un long gémissement.

Que fais-tu, chantre, hélas ! dans ce triste moment ? Tu dors d'un profond somme, et ton coeur sans alarmes Ne sait pas qu'on bâtit l'instrument de tes larmes ! Oh ! que si quelque bruit, par un heureux réveil, T'annonçait du lutrin le funeste appareil ; Avant que de souffrir qu'on en posât la masse, Tu viendrais en apôtre expirer dans ta place ; Et, martyr glorieux d'un point d'honneur nouveau Offrir ton corps aux clous et ta tête au marteau.

Mais déjà sur ton banc la machine enclavée Est, durant ton sommeil, à ta honte élevée. Le sacristain achève en deux coups de rabot ; Et le pupitre enfin tourne sur son pivot.

CHANT QUATRIEME

Les cloches, dans les airs, de leurs voix argentines, Appelaient à grand bruit les chantres à matines ; Quand leur chef, agité d'un sommeil effrayant, Encor tout en sueur se réveille en criant. Aux élans redoublés de sa voix douloureuse, Tous ses valets tremblants quittent la plume oiseuse ; Le vigilant Girot court à lui le premier : C'est d'un maître si saint le plus digne officier ; La porte dans le choeur à sa garde est commise : Valet souple au logis, fier huissier à l'église.

Quel chagrin, lui dit-il, trouble votre sommeil ? Quoi ! voulez-vous au choeur prévenir le soleil ? Ah ! dormez, et laissez à des chantres vulgaires Le soin d'aller sitôt mériter leurs salaires.

Ami, lui dit le chantre encor pâle d'horreur, N'insulte point, de grâce, à ma juste terreur : Mêle plutôt ici tes soupirs à mes plaintes, Et tremble en écoutant le sujet de mes craintes. Pour la seconde fois un sommeil grâcieux Avait sous ses pavots appesanti mes yeux ; Quand, l'esprit enivré d'une douce fumée, J'ai cru remplir au choeur ma place accoutumée. Là, triomphant aux yeux des chantres impuissant, Je bénissais le peuple, et j'avalais l'encens ; Lorsque du fond caché de notre sacristie Une épaisse nuée à longs flots est sortie, Qui, s'ouvrant à mes yeux, dans un bleuâtre éclat M'a fait voir un serpent conduit par le prélat. Du corps de ce dragon, plein de soufre et de nitre, Une tête sortait en forme de pupitre, Dont le triangle affreux, tout hérissé de crins, Surpassait en grosseur nos plus épais lutrins. Animé par son guide, en sifflant il s'avance : Contre moi sur mon banc je le vois qui s'élance. J'ai crié, mais en vain : et, fuyant sa fureur, Je me suis réveillé plein de trouble et d'horreur.

Le chantre, s'arrêtant à cet endroit funeste, A ses yeux effrayés laisse dire le reste. Girot en vain l'assure, et, riant de sa peur, Nomme sa vision l'effet d'une vapeur : Le désolé vieillard, qui hait la raillerie, Lui défend de parler, sort du lit en furie. On apporte à l'instant ses somptueux habits, Où sur l'ouate molle éclata le tabis. D'une longue soutane il endosse la moire, Prend ses gants violets, les marques de sa gloire ; Et saisit, en pleurant, ce rochet qu'autrefois Le prélat trop jaloux lui rogna de trois doigts. Aussitôt d'un bonnet ornant sa tête grise, Déjà l'aumuce en main il marche vers l'église, Et, hâtant de ses ans l'importune langueur, Court, vole, et, le premier, arrive dans le choeur.

O toi qui, sur ces bords qu'une eau dormante mouille Vit combattre autrefois le rat et la grenouille ; Qui, par les traits hardis d'un bizarre pinceau, Mit l'Italie en feu pour la perte d'un seau ; Muse, prête à ma bouche une voix plus sauvage, Pour chanter le dépit, la colère, la rage, Que le chantre sentit allumer dans son sang A l'aspect du pupitre élevé sur son banc. D'abord pâle et muet, de colère immobile, A force de douleur, il demeura tranquille ; Mais sa voix s'échappant au travers des sanglots Dans sa bouche à la fin fit passage à ces mots : La voilà donc, Girot, cette hydre épouvantable Que m'a fait voir un songe, hélas ! trop véritable ! Je le vois ce dragon tout prêt à m'égorger, Ce pupitre fatal qui me doit ombrager ! Prélat, que t'ai-je fait ? quelle rage envieuse Rend pour me tourmenter ton âme ingénieuse ? Quoi ! même dans ton lit, cruel, entre deux draps, Ta profane fureur ne se repose pas ! O ciel ! quoi ! sur mon banc une honteuse masse Désormais me va faire un cachot de ma place ! Inconnu dans l'église, ignoré dans ce lieu, Je ne pourrai donc plus être vu que de Dieu ! Ah ! plutôt qu'un moment cet affront m'obscurcisse, Renonçons à l'autel, abandonnons l'office ; Et, sans lasser le ciel par de chants superflus, Ne voyons plus un choeur où l'on ne nous voit plus. Sortons... Mais cependant mon ennemi tranquille Jouira sur son banc de ma rage inutile, Et verra dans le choeur le pupitre exhaussé Tourner sur le pivot où sa main l'a placé ! Non, s'il n'est abattu, je ne saurais plus vivre. A moi, Girot, je veux que mon bras l'en délivre. Périssons s'il le faut, mais de ses ais brisés Entraînons, en mourant, les restes divisés.

A ces mots, d'une main par la rage affermie, Il saisissait déjà la machine ennemie. Lorsqu'en ce sacré lieu, par un heureux hasard, Entre Jean le choriste, et le sonneur Girard Deux Manseaux renommés, en qui l'expérience Pour les procès est jointe à la vaste science. L'un et l'autre aussitôt prend part à son affront. Toutefois condamnant un mouvement trop prompt Du lutrin, disent-ils, abattons la machine : Mais ne nous chargeons pas tous seuls de sa ruine ; Et que tantôt, aux yeux du chapitre assemblé, Il soit sous trente mains en plein jour accablé.

Ces mots des mains du chantre arrachent le pupitre. J'y consens, leur dit-il ; assemblons le chapitre. Allez donc de ce pas, par de saints hurlements, Vous-mêmes appeler les chanoines dormants. Partez. Mais ce discours les surprend et les glace. Nous ! qu'en ce vain projet, pleins d'une folle audace, Nous allions, dit Girard, la nuit nous engager ! De notre complaisance osez-vous l'exiger ? Hé ! seigneur ! quand nos cris pourraient, du fond des rues, De leurs appartements percer les avenues,


Le Lutrin - 4/8

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