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- Les Fleurs du Mal - 20/25 -


LE VIN DU SOLITAIRE

Le regard singulier d'une femme galante Qui se glisse vers nous comme le rayon blanc Que la lune onduleuse envoie au lac tremblant, Quand elle y veux baigner sa beauté nonchalante,

Le dernier sac d'écus dans les doigts d'un joueur, Un baiser libertin de la maigre Adeline, Les sons d'une musique énervante et câline, Semblable au cri lointain de l'humaine douleur,

Tout cela ne vaut pas, ô bouteille profonde, Les baumes pénétrants que ta panse féconde Garde au coeur altéré du poète pieux;

Tu lui verses l'espoir, la jeunesse et la vie, --Et l'orgueil, ce trésor de toute gueuserie, Qui nous rend triomphants et semblables aux Dieux.

LE VIN DES AMANTS

Aujourd'hui l'espace est splendide! Sans mors, sans éperons, sans bride, Partons à cheval sur le vin Pour un ciel féerique et divin!

Comme deux anges que torture Une implacable calenture, Dans le bleu cristal du matin Suivons le mirage lointain!

Mollement balancés sur l'aile Du tourbillon intelligent, Dans un délire parallèle,

Ma soeur, côte à côte nageant, Nous fuirons sans repos ni trêves Vers le paradis de mes rêves!

UNE MARTYRE

DESSIN D'UN MAITRE INCONNU

Au milieu des flacons, des étoffes lamées Et des meubles voluptueux, Des marbres, des tableaux, des robes parfumées Qui trament à plis sompteux,

Dans une chambre tiède où, comme en une serre, L'air est dangereux et fatal, Où des bouquets mourants dans leurs cercueils de verre, Exhalent leur soupir final,

Un cadavre sans tête épanche, comme un fleuve, Sur l'oreiller désaltéré Un sang rouge et vivant, dont la toile s'abreuve Avec l'avidité d'un pré.

Semblable aux visions pâles qu'enfante l'ombre Et qui nous enchaînent les yeux, La tête, avec l'amas de sa crinière sombre Et de ses bijoux précieux,

Sur la table de nuit, comme une renoncule, Repose, et, vide de pensers, Un regard vague et blanc comme le crépuscule S'échappe des yeux révulsés.

Sur le lit, le tronc nu sans scrupule étale Dans le plus complet abandon La secrète splendeur et la beauté fatale Dont la nature lui fit don;

Un bas rosâtre, orné de coins d'or, à la jambe Comme un souvenir est resté; La jarretière, ainsi qu'un oeil secret qui flambe, Darde un regard diamanté.

Le singulier aspect de cette solitude Et d'un grand portrait langoureux, Aux yeux provocateurs comme son attitude, Révèle un amour ténébreux,

Une coupable joie et des fêtes étranges Pleines de baisers infernaux. Dont se réjouissait l'essaim de mauvais anges Nageant dans les plis des rideaux;

Et cependant, à voir la maigreur élégante De l'épaule au contour heurté, La hanche un peu pointue et la taille fringante Ainsi qu'an reptile irrité,

Elle est bien jeune encor!--Son âme exaspérée Et ses sens par l'ennui mordus S'étaient-ils entr'ouverts à la meute altérée Des désirs errants et perdus?

L'homme vindicatif que tu n'as pu, vivante, Malgré tant d'amour, assouvir, Combla-t-il sur ta chair inerte et complaisante L'immensité de son désir?

Réponds, cadavre impur! et par tes tresses roides Te soulevant d'un bras fiévreux, Dis-moi, tête effrayante, as-tu sur tes dents froides, Collé les suprêmes adieux?

--Loin du monde railleur, loin de la foule impure, Loin des magistrats curieux, Dors en paix, dors en paix, étrange créature, Dans ton tombeau mystérieux;

Ton époux court le monde, et ta forme immortelle Veille près de lui quand il dort; Autant que toi sans doute il te sera fidèle, Et constant jusques à la mort.

FEMMES DAMNEES

Comme un bétail pensif sur le sable couchées, Elles tournent leurs yeux vers l'horizon des mers, Et leurs pieds se cherchant et leurs mains rapprochées Ont de douces langueurs et des frissons amers:

Les unes, coeurs épris des longues confidences, Dans le fond des bosquets où jasent les ruisseaux, Vont épelant l'amour des craintives enfances Et creusent le bois vert des jeunes arbrisseaux;

D'autres, comme des soeurs, marchent lentes et graves A travers les rochers pleins d'apparitions, Où saint Antoine a vu surgir comme des laves Les seins nus et pourprés de ses tentations;

Il en est, aux lueurs des résines croulantes, Qui dans le creux muet des vieux antres païens T'appellent au secours de leurs fièvres hurlantes, O Bacchus, endormeur des remords anciens!

Et d'autres, dont la gorge aime les scapulaires, Qui, recelant un fouet sous leurs longs vêtements, Mêlent dans le bois sombre et les nuits solitaires L'écume du plaisir aux larmes des tourments.

O vierges, ô démons, ô monstres, ô martyres, De la réalité grands esprits contempteurs, Chercheuses d'infini, dévotes et satyres, Tantôt pleines de cris, tantôt pleines de pleurs,

Vous que dans votre enfer mon âme a poursuivies, Pauvres soeurs, je vous aime autant que je vous plains, Pour vos mornes douleurs, vos soifs inassouvies, Et les urnes d'amour dont vos grands coeurs sont pleins!

LES DEUX BONNES SOEURS

La Débauche et la Mort sont deux aimables filles, Prodigues de baisers et riches de santé, Dont le flanc toujours vierge et drapé de guenilles Sous l'éternel labeur n'a jamais enfanté.

Au poète sinistre, ennemi des familles. Favori de l'enfer, courtisan mal renté, Tombeaux et lupanars montrent sous leurs charmilles Un lit que le remords n'a jamais fréquenté.

Et la bière et l'alcôve en blasphèmes fécondes Nous offrent tour à tour, comme deux bonnes soeurs, De terribles plaisirs et d'affreuses douceurs.

Quand veux-tu m'enterrer, Débauche aux bras immondes? O Mort, quand viendras-tu, sa rivale en attraits, Sur ses myrtes infects entre tes noirs cyprès?

ALLEGORIE


Les Fleurs du Mal - 20/25

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