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- Les Fleurs du Mal - 6/25 -


Tout ce qu'ensemble elle avait joint.

Et le ciel regardait la carcasse superbe Comme une fleur s'épanouir; La puanteur était si forte que sur l'herbe Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride, D'où sortaient de noirs bataillons De larves qui coulaient comme un épais liquide Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague, Où s'élançait en pétillant; On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague, Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique Comme l'eau courante et le vent, Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique Agite et tourne dans son van.

Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve, Une ébauche lente à venir Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète Nous regardait d'un oeil fâché, Epiant le moment de reprendre au squelette Le morceau qu'elle avait lâché.

--Et pourtant vous serez semblable à cette ordure, A cette horrible infection, Etoile de mes yeux, soleil de ma nature, Vous, mon ange et ma passion!

Oui! telle vous serez, ô la reine des grâces, Après les derniers sacrements, Quand vous irez sous l'herbe et les floraisons grasses, Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté, dites à la vermine Qui vous mangera de baisers, Que j'ai gardé la forme et l'essence divine De mes amours décomposés!

DE PROFUNDIS CLAMAVI

J'implore ta pitié. Toi, l'unique que j'aime, Du fond du gouffre obscur où mon coeur est tombé. C'est un univers morne à l'horizon plombé, Où nagent dans la nuit l'horreur et le blasphème;

Un soleil sans chaleur plane au-dessus six mois, Et les six autres mois la nuit couvre la terre; C'est un pays plus nu que la terre polaire; Ni bêtes, ni ruisseaux, ni verdure, ni bois!

Or il n'est d'horreur au monde qui surpasse La froide cruauté de ce soleil de glace Et cette immense nuit semblable au vieux Chaos;

Je jalouse le sort des plus vils animaux Qui peuvent se plonger dans un sommeil stupide, Tant l'écheveau du temps lentement se dévide!

LE VAMPIRE

Toi qui, comme un coup de couteau. Dans mon coeur plaintif est entrée; Toi qui, forte comme un troupeau De démons, vins, folle et parée,

De mon esprit humilié Faire ton lit et ton domaine. --Infâme à qui je suis lié Comme le forçat à la chaîne,

Comme au jeu le joueur têtu, Comme à la bouteille l'ivrogne, Comme aux vermines la charogne, --Maudite, maudite sois-tu!

J'ai prié le glaive rapide De conquérir ma liberté, Et j'ai dit au poison perfide De secourir ma lâcheté.

Hélas! le poison et le glaive M'ont pris en dédain et m'ont dit: « Tu n'es pas digne qu'on t'enlève A ton esclavage maudit,

Imbécile!--de son empire Si nos efforts te délivraient, Tes baisers ressusciteraient Le cadavre de ton vampire! »

Une nuit que j'étais près d'une affreuse Juive, Comme au long d'un cadavre un cadavre étendu, Je me pris à songer près de ce corps vendu A la triste beauté dont mon désir se prive.

Je me représentai sa majesté native, Son regard de vigueur et de grâces armé, Ses cheveux qui lui font un casque parfumé, Et dont le souvenir pour l'amour me ravive.

Car j'eusse avec ferveur baisé ton noble corps, Et depuis tes pieds frais jusqu'à tes noires tresses Déroulé le trésor des profondes caresses,

Si, quelque soir, d'un pleur obtenu sans effort Tu pouvais seulement, ô reine des cruelles, Obscurcir la splendeur de tes froides prunelles.

REMORDS POSTHUME

Lorsque tu dormiras, ma belle ténébreuse, Au fond d'un monument construit en marbre noir, Et lorsque tu n'auras pour alcôve et manoir Qu'un caveau pluvieux et qu'une fosse creuse;

Quand la pierre, opprimant ta poitrine peureuse Et tes flancs qu'assouplit un charmant nonchaloir, Empêchera ton coeur de battre et de vouloir, Et tes pieds de courir leur course aventureuse,

Le tombeau, confident de mon rêve infini, --Car le tombeau toujours comprendra le poète,-- Durant ces longues nuits d'où le somme est banni,

Te dira: « Que vous sert, courtisane imparfaite, De n'avoir pas connu ce que pleurent les morts? » --Et le ver rongera ta peau comme un remords.

LE CHAT

Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux: Retiens les griffes de ta patte, Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux, Mêlés de métal et d'agate.

Lorsque mes doigts caressent à loisir Ta tête et ton dos élastique, Et que ma main s'enivre du plaisir De palper ton corps électrique,

Je vois ma femme en esprit; son regard, Comme le tien, aimable bête, Profond et froid, coupe et fend comme un dard.

Et, des pieds jusques à la tête, Un air subtil, un dangereux parfum Nagent autour de son corps brun.

LE BALCON

Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses, O toi, tous mes plaisirs, ô toi, tous mes devoirs! Tu te rappelleras la beauté des caresses, La douceur du foyer et le charme des soirs, Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses!

Les soirs illuminés par l'ardeur du charbon, Et les soirs au balcon, voilés de vapeurs roses; Que ton sein m'était doux! que ton coeur m'était bon! Nous avons dit souvent d'impérissables choses Les soirs illuminés par l'ardeur du charbon.

Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirées! Que l'espace est profond! que le coeur est puissant! En me penchant vers toi, reine des adorées, Je croyais respirer le parfum de ton sang. Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirées!

La nuit s'épaississait ainsi qu'une cloison, Et mes yeux dans le noir devinaient tes prunelles Et je buvais ton souffle, ô douceur, ô poison!


Les Fleurs du Mal - 6/25

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