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- Ainsi Parlait Zarathoustra - 27/77 -


devinés! - mais il y a dans votre amour de la honte et de la mauvaise conscience, - vous ressemblez à la lune.

On a persuadé à votre esprit de mépriser tout ce qui est terrestre, mais on n'a pas persuadé vos entrailles: pourtant _elles_ sont ce qu'il y a de plus fort en vous!

Et maintenant votre esprit a honte d'obéir à vos entrailles et il suit des chemins dérobés et trompeurs pour échapper à sa propre honte.

"Ce serait pour moi la chose la plus haute - ainsi se parle à lui-même votre esprit mensonger - de regarder la vie sans convoitise et non comme les chiens avec la langue pendante.

"Être heureux dans la contemplation, avec la volonté morte, sans rapacité et sans envie égoïste - froid et gris sur tout le corps, mais les yeux enivrés de lune.

"Ce serait pour moi la bonne part - ainsi s'éconduit lui-même celui qui a été éconduit - d'aimer la terre comme l'aime la lune et de ne toucher sa beauté que des yeux.

"Et voici ce que j'appelle _l'immaculée_ connaissance de toutes choses: ne rien demander aux choses que de pouvoir s'étendre devant elles, ainsi qu'un miroir aux cent regards." -

Hypocrites sensibles et lascifs! Il vous manque l'innocence dans le désir: et c'est pourquoi vous calomniez le désir!

En vérité, vous n'aimez pas la terre comme des créateurs, des générateurs, joyeux de créer!

Où y a-t-il de l'innocence? Là où il y a la volonté d'engendrer. Et celui qui veut créer au-dessus de lui-même, celui-là possède à mes yeux la volonté la plus pure.

Où a-t-il de la beauté? Là où _il faut que je veuille_ de toute ma volonté; où je veux aimer et disparaître, afin qu'une image ne reste pas image seulement.

Aimer et disparaître: ceci s'accorde depuis des éternités. Vouloir aimer, c'est aussi être prêt à la mort. C'est ainsi que je vous parle, poltrons!

Mais votre regard louche et efféminé veut être "contemplatif"! Et ce que l'on peut approcher avec des yeux pusillanimes doit être appelé "beau"! O vous qui souillez les noms les plus nobles!

Mais ceci doit être votre malédiction, hommes immaculés qui cherchez la connaissance pure, que vous n'arriviez jamais à engendrer: quoique vous soyez couchés à l'horizon lourds et pleins.

En vérité, vous remplissez votre bouche de nobles paroles: et vous voudriez nous faire croire que votre coeur déborde, menteurs?

Mais _mes_ paroles sont des paroles grossières, méprisées et informes, et j'aime à recueillir ce qui, dans vos festins, tombe sous la table.

Elles me suffisent toujours - pour dire la vérité aux hypocrites! Oui, mes arêtes, mes coquilles et mes feuilles de houx doivent - vous chatouiller le nez, hypocrites!

Il y a toujours de l'air vicié autour de vous et autour de vos festins: car vos pensées lascives, vos mensonges et vos dissimulations sont dans l'air!

Ayez donc tout d'abord le courage d'avoir foi en vous-mêmes - en vous-mêmes et en vos entrailles! Celui qui n'a pas foi en lui-même ment toujours.

Vous avez mis devant vous le masque d'un dieu, hommes "purs": votre affreuse larve rampante s'est cachée sous le masque d'un dieu.

En vérité, vous en faites accroire, "contemplatifs"! Zarathoustra, lui aussi, a été dupe de vos peaux divines; il n'a pas deviné quels serpents remplissaient cette peau.

Dans vos jeux, je croyais voir jouer l'âme d'un dieu, hommes qui cherchez la connaissance pure! Je ne connaissais pas de meilleur art que vos artifices!

La distance qui me séparait de vous me cachait des immondices de serpent et de mauvaises odeurs: et je ne savais pas que la ruse d'un lézard rôdât par ici, lascive.

Mais je me suis _approché_ de vous: alors le jour m'est venu - et maintenant il vient pour vous, - les amours de la lune sont leur déclin!

Regardez-la donc! Elle est là-haut, surprise et pâle - devant l'aurore!

Car déjà l'aurore monte, ardente, - _son_ amour pour la terre approche! Tout amour de soleil est innocence et désir de créateur.

Regardez donc comme l'aurore passe impatiente sur la mer! Ne sentez-vous pas la soif et la chaude haleine de son amour?

Elle veut aspirer la mer, et boire ses profondeurs: et le désir de la mer s'élève avec ses mille mamelles.

Car la mer _veut_ être baisée et aspirée par le soleil; elle _veut_ devenir air et hauteur et sentier de lumière, et lumière elle-même!

En vérité, pareil au soleil, j'aime la vie et toutes les mers profondes.

Et ceci est pour _moi_ la connaissance: tout ce qui est profond doit monter - à ma hauteur! -

Ainsi parlait Zarathoustra.

DES SAVANTS

Tandis que j'étais endormi, une brebis s'est mise à brouter la couronne de lierre qui ornait ma tête, - et en mangeant elle disait: "Zarathoustra n'est plus un savant."

Après quoi, elle s'en alla, dédaigneuse et fière. Voilà ce qu'un enfant m'a raconté.

J'aime à être étendu, là ou jouent les enfants, le long du mur lézardé, sous les chardons et les rouges pavots.

Je suis encore un savant pour les enfants et aussi pour les chardons et les pavots rouges. Ils sont innocents, même dans leur méchanceté.

Je ne suis plus un savant pour les brebis: ainsi le veut mon sort. - Qu'il soit béni!

Car ceci est la vérité: je suis sorti de la maison des savants en claquant la porte derrière moi.

Trop longtemps mon âme affamée fut assise à table, je ne suis pas comme eux, dressé pour la connaissance comme pour casser des noix.

J'aime la liberté et l'air sur la terre fraîche; j'aime encore mieux dormir sur les peaux de boeufs que sur leurs honneurs et leurs dignités.

Je suis trop ardent et trop consumé de mes propres pensées: j'y perds souvent haleine. Alors il me faut aller au grand air et quitter les chambres pleines de poussière.

Mais ils sont assis au frais, à l'ombre fraîche: ils veulent partout n'être que des spectateurs et se gardent bien de s'asseoir où le soleil darde sur les marches.

Semblables à ceux qui stationnent dans la rue et qui bouche bée regardent les gens qui passent: ainsi ils attendent aussi, bouche bée, les pensées des autres.

Les touche-t-on de la main, ils font involontairement de la poussière autour d'eux, comme des sacs de farine; mais qui donc se douterait que leur poussière vient du grain et de la jeune félicité des champs d'été?

S'ils se montrent sages, je suis horripilé de leurs petites sentences et de leurs vérités: leur sagesse a souvent une odeur de marécage: et, en vérité, j'ai déjà entendu les grenouilles coasser dans leur sagesse!

Ils sont adroits et leurs doigts sont agiles: que veut _ma_ simplicité auprès de leur complexité! Leurs doigts s'entendent à tout ce qui est filage et nouage et tissage: ainsi ils tricotent les bas de l'esprit!

Ce sont de bonnes pendules: pourvu que l'on ait soin de les bien remonter! Alors elles indiquent l'heure sans se tromper et font entendre en même temps un modeste tic-tac.

Ils travaillent, semblables à des moulins et à des pilons: qu'on leur jette seulement du grain! - ils s'entendent à moudre le grain et à le transformer en blanche farine.

Avec méfiance, ils se surveillent les doigts les uns aux autres. Inventifs et petites malices, ils épient ceux dont la science est boiteuse - ils guettent comme des araignées.

Je les ai toujours vu préparer leurs poisons avec précaution; et toujours ils couvraient leurs doigts de gants de verre.

Ils savent aussi jouer avec des dés pipés; et je les ai vus jouer avec tant d'ardeur qu'ils en étaient couverts de sueur.

Nous sommes étrangers les uns aux autres et leurs vertus me sont encore plus contraires que leurs faussetés et leurs dés pipés.

Et lorsque je demeurais parmi eux, je demeurais au-dessus d'eux. C'est pour cela qu'ils m'en ont voulu.

Ils ne veulent pas qu'on leur dise que quelqu'un marche au-dessus de leurs têtes; et c'est pourquoi ils ont mis du bois, de la terre et des ordures, entre moi et leurs têtes.

Ainsi ils ont étouffé le bruit de mes pas; et jusqu'à présent ce sont les plus savants qui m'ont le moins bien entendu.

Ils ont mis entre eux et moi toutes les faiblesses et toutes les fautes des hommes: - dans leurs demeures ils appellent cela "faux plancher".


Ainsi Parlait Zarathoustra - 27/77

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