Schulers Books Online

books - games - software - wallpaper - everything

Bride.Ru

Books Menu

Home
Author Catalog
Title Catalog
Sectioned Catalog

 

- Ainsi Parlait Zarathoustra - 40/77 -


soulève un rideau, une petite phalène se précipite dehors.

Était-elle blottie là avec une autre petite phalène? Car partout je sens de petites communautés cachées; et partout où il y a des réduits, il y a de nouveaux bigots avec l'odeur des bigots.

Ils se mettent ensemble pendant des soirées entières et ils se disent: "Redevenons comme les petits enfants et invoquons le bon Dieu!" - Ils ont la bouche et l'estomac gâtés par les pieux confiseurs.

Ou bien, durant de longs soirs, ils regardent les ruses d'une araignée à l'affût, qui prêche la sagesse aux autres araignées, en leur enseignant: "Sous les croix, il fait bon tisser sa toile!"

Ou bien ils sont assis pendant des journées entières à pêcher à la ligne au bord des marécages, et ils croient que c'est là être _profond_; mais celui qui pêche où il n'y a pas de poisson, j'estime qu'il n'est même pas superficiel!

Ou bien ils apprennent avec joie et piété à jouer de la harpe chez un chansonnier qui aimerait bien s'insinuer dans le coeur des petites jeunes femmes: - car ce chansonnier est fatigué des vieilles femmes et de leurs louanges.

Ou bien ils apprennent la peur chez un sage à moitié détraqué qui attend, dans des chambres obscures, que les esprits apparaissent - tandis que leur esprit disparaît entièrement!

Ou bien ils écoutent un vieux charlatan, musicien ambulant, à qui la tristesse du vent a enseigné la lamentation des tons; maintenant il siffle d'après le vent et il prêche la tristesse d'un ton triste.

Et quelques-uns d'entre eux se sont même faits veilleurs de nuit: ils savent maintenant souffler dans la corne, circuler la nuit et réveiller de vieilles choses endormies depuis longtemps.

J'ai entendu hier dans la nuit, le long des vieux murs du jardin, cinq paroles à propos de ces vieilles choses: elles venaient de ces vieux veilleurs de nuit tristes et grêles.

"Pour un père, il ne veille pas assez sur ses enfants: des pères humains font cela mieux que lui!"

"Il est trop vieux. Il ne s'occupe plus tu tout de ses enfants", - ainsi répondit l'autre veilleur de nuit.

"_A-t-il_ donc des enfants? Personne ne peut le démontrer s'il ne le démontre lui-même! Il y a longtemps que je voudrais une fois le lui voir démontrer sérieusement."

"Démontrer? A-t-il jamais démontré quelque chose, _celui-là_? Les preuves lui sont difficiles; il tient beaucoup à ce que l'on _croie_ en lui."

"Oui, oui! La foi le sauve, la foi en lui-même. C'est l'habitude des vieilles gens! Nous sommes faits de même!" -

- Ainsi parlèrent l'un à l'autre les deux veilleurs de nuit, ennemis de la lumière, puis ils soufflèrent tristement dans leurs cornes. Voilà ce qui se passa hier dans la nuit, le long des vieux murs du jardin.

Quant à moi, mon coeur se tordait de rire; il voulait se briser, mais ne savais comment; et cet accès d'hilarité me secouait le diaphragme.

En vérité, ce sera ma mort, d'étouffer de rire, en voyant des ânes ivres et en entendant ainsi des veilleurs de nuit douter le Dieu.

Le temps n'est-il pas depuis _longtemps_ passé, même pour de pareils doutes? Qui aurait le droit de réveiller dans leur sommeil d'aussi vieilles choses ennemies de la lumière?

Il y a longtemps que c'en est fini des dieux anciens: - et, en vérité, ils ont eu une bonne et joyeuse fin divine!

Ils ne passèrent pas par le "crépuscule" pour aller vers la mort, - c'est un mensonge de le dire! Au contraire: ils se sont tués eux-mêmes à force de - _rire_!

C'est ce qui arriva lorsqu'un dieu prononça lui-même la parole la plus impie, - la parole: "Il n'y a qu'un Dieu! Tu n'auras point d'autres dieux devant ma face!" - une vieille barbe de dieu, un dieu coléreux et jaloux s'est oublié ainsi: - c'est alors que tous les dieux se mirent à rire et à s'écrier en branlant sur leurs sièges: "N'est-ce pas là précisément la divinité, qu'il y ait des dieux - qu'il n'y ait pas un Dieu?"

Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. -

Ainsi parlait Zarathoustra dans la ville qu'il aimait et qui est appelée la "Vache multicolore".

Car de cet endroit il n'avait plus que deux jours de marche pour retourner à sa caverne, auprès de ses animaux; mais il avait l'âme sans cesse pleine d'allégresse de se savoir si près de son retour.-

LE RETOUR

O solitude! Toi ma _patrie_, solitude! Trop longtemps j'ai vécu sauvage en de sauvages pays étrangers, pour ne pas retourner à toi avec des larmes!

Maintenant menace-moi du doigt, ainsi qu'une mère menace, et souris-moi comme sourit une mère, dis-moi seulement: "Qui était-il celui qui jadis s'est échappé loin de moi comme un tourbillon? - celui qui, en s'en allant, s'est écrié: trop longtemps j'ai tenu compagnie à la solitude, alors j'ai désappris le silence! C'est _cela_ - que tu as sans doute appris maintenant?

"O Zarathoustra, je sais tout: et que tu te sentais plus _abandonné_ dans la multitude, toi l'unique, que jamais tu ne l'as été avec moi!

"Autre chose est l'abandon, autre chose la solitude: C'est _cela_ - que tu as appris maintenant! Et que parmi les hommes tu seras toujours sauvage et étranger:

" - sauvage et étranger, même quand ils t'aiment, car avant tout ils veulent être _ménagés_!

"Mais ici tu es chez toi et dans ta demeure; ici tu peux tout dire et t'épancher tout entier, ici nul n'a honte des sentiments cachés et tenaces.

"Ici toutes choses s'approchent à ta parole, elles te cajolent et te prodiguent leurs caresses: car elles veulent monter sur ton dos. Monté sur tous les symboles tu chevauches ici vers toutes les vérités.

"Avec droiture et franchise, tu peux parler ici à toutes choses: et, en vérité, elles croient recevoir des louanges, lorsqu'on parle à toutes choses - avec droiture.

"Autre chose, cependant, est l'abandon. Car te souviens-tu, ô Zarathoustra? Lorsque ton oiseau se mit à crier au-dessus de toi, lorsque tu étais dans la forêt, sans savoir où aller, incertain, tout près d'un cadavre: - lorsque tu disais: que mes animaux me conduisent! J'ai trouvé plus de danger parmi les hommes que parmi les animaux: - c'était _là_ de l'abandon!

"Et te souviens-tu, ô Zarathoustra? Lorsque tu étais assis sur ton île, fontaine de vin parmi les seaux vides, donnant à ceux qui ont soif et le répandant sans compter: - jusqu'à ce que tu fus enfin seul altéré parmi les hommes ivres et que tu te plaignis nuitamment: "N'y a-t-il pas plus de bonheur à prendre qu'à donner? Et n'y a-t-il pas plus de bonheur encore à voler qu'à prendre?" - C'était _là_ de l'abandon!

"Et te souviens-tu, ô Zarathoustra? Lorsque vint ton heure la plus silencieuse qui te chassa de toi-même, lorsqu'elle te dit avec de méchants chuchotements: "Parle et détruis!" - lorsqu'elle te dégoûta de ton attente et de ton silence et qu'elle découragea ton humble courage: c'était _là_ de l'abandon! "-

O solitude! Toi ma patrie, solitude! Comme ta voix me parle, bienheureuse tendre!

Nous ne nous questionnons point, nous ne nous plaignons point l'un à l'autre, ouvertement nous passons ensemble les portes ouvertes.

Car tout est ouvert chez toi et il fait clair; et les heures, elles aussi, s'écoulent ici plus légères. Car dans l'obscurité, te temps vous paraît plus lourd à porter qu'à la lumière.

Ici se révèle à moi l'essence et l'expression de tout ce qui est: tout ce qui est veut s'exprimer ici, et tout ce qui devient veut apprendre de moi à parler.

Là-bas cependant - tout discours est vain! La meilleure sagesse c'est d'oublier et de passer: - c'est _là_ ce que j'ai appris!

Celui qui voudrait tout comprendre chez les hommes devrait tout prendre. Mais pour cela j'ai les mains trop propres.

Je suis dégoûté rien qu'à respirer leur haleine; hélas! pourquoi ai-je vécu si longtemps parmi leur bruit et leur mauvaise haleine!

O bienheureuse solitude qui m'enveloppe! O pures odeurs autour de moi! O comme ce silence fait aspirer l'air pur à pleins poumons! O comme il écoute, ce silence bienheureux!

Là-bas cependant - tout parle et rien n'est entendu. Si l'on annonce sa sagesse à sons de cloches: les épiciers sur la place publique en couvriront le son par le bruit des gros sous!

Chez eux tout parle, personne ne sait plus comprendre. Tout tombe à l'eau, rien ne tombe plus dans de profondes fontaines.

Chez eux tout parle, rien ne réussit et ne s'achève plus. Tout caquette, mais qui veut encore rester au nid à couver ses oeufs?

Chez eux tout parle, tout est dilué. Et ce qui hier était encore trop dur, pour le temps lui-même et pour les dents du temps, pend aujourd'hui, déchiqueté et rongé, à la bouche des hommes d'aujourd'hui.

Chez eux tout parle, tout est divulgué. Et ce qui jadis était appelé mystère et secret des âmes profondes appartient aujourd'hui aux trompettes des rues et à d'autres tapageurs.


Ainsi Parlait Zarathoustra - 40/77

Previous Page     Next Page

  1   10   20   30   35   36   37   38   39   40   41   42   43   44   45   50   60   70   77 

Schulers Books Home



    Related Links:

 Games Menu

Home
Balls
Battleship
Buzzy
Dice Poker
Memory
Mine
Peg
Poker
Tetris
Tic Tac Toe

Google
 
Web schulers.com
 

Schulers Books Online

books - games - software - wallpaper - everything