Schulers Books Online

books - games - software - wallpaper - everything

Bride.Ru

Books Menu

Home
Author Catalog
Title Catalog
Sectioned Catalog

 

- Mes Origines. Memoires et Recits - 53/53 -


X

Maintenant, où allons-nous? L'Homme de Bronze venait de frapper onze heures... Et nous dîmes:

-- Il faut aller faire un tour aux Aliscamps.

Nous prenons les Lices d'Arles, nous contournons les remparts, et, au clair de la lune, nous voilà descendant l'allée de peupliers qui mène au cimetière du vieil Arles romain. Et, ma foi, en errant au milieu des sépulcres éclairés par la lune et des auges mortuaires alignées sur le sol, voici que, gravement, nous répétions entre nous l'admirable ballade de Camille Reybaud:

_Les peupliers du cimetière Ont salué les trépassés. As-tu peur des pieux mystères? Passe plus loin du cimetière!_

MOI

_Des blancs lombeaux du cimetière Le couvercle s'est renversé._

TOUS

_As-tu peur des pieux mystères? Passe plus loin du cimetière._

MOI

_Sur le gazon du cimetière Tous les défunts se sont dressés._

TOUS

__As-tu peur des pieux mystères? Passe plus loin du cimetière._

MOI

_Frères muets, au cimetière Tous les morts se sont embrassés.

TOUS

__As-tu peur des pieux mystères? Passe plus loin du cimetière._

MOI

_C'est la fête du cimetière, Les morts se mettent à danser._

TOUS

__As-tu peur des pieux mystères? Passe plus loin du cimetière._

MOI

_La lune est claire: au cimetière, Les vierges cherchent leurs fiancés._

TOUS

__As-tu peur des pieux mystères? Passe plus loin du cimetière._

MOI

_Leurs amoureux, au cimetière, Ne sont plus là, si empressés.

TOUS

__As-tu peur des pieux mystères? Passe plus loin du cimetière._

MOI

_Oh! ouvrez-moi le cimetière, Mon amour va les caresser..._

XI

Le croirez-vous? Soudain, d'une tombe béante, à trois pas de nous autres, mes chers amis, une voix sombre, dolente, sépulcrale, nous fait entendre ces mots:

_-- Laissez dormir ceux qui dorment!_

Nous restâmes pétrifiés, et à l'entour, sous la lune, tout retomba dans le silence.

Mathieu disait doucement à Grivolas:

-- As-tu entendu?

-- Oui, répondit le peintre, c'est là-bas, dans ce sarcophage.

-- Cela, dit patron Gafet en crevant de rire, c'est un couche-vêtu, un de ces _galimands_, comme nous les nommons en Arles, qui viennent se gîter, la nuit, dans ces auges vides.

Et Daudet:

-- Quel dommage, pourtant, que ça n'ait pas été une apparition réelle! Quelque belle Vestale, qui, à la voix des poètes, eût interrompu son somme, et, ô mon Grivolas, fût venue t'embrasser!

Puis, d'une voix retentissante, il chanta et nous chantâmes:

_De l'abbaye passant les portes, Autour de moi, tu trouverais Des nonnes l'errante cohorte, Car en suaire je serais! -- O Magali, si tu te fais La pauvre morte, La terre alors je me ferai: La je t'aurai_.

Là-dessus, au patron Gafet nous serrâmes tous la main, et nous allâmes vite, de ce pas, au chemin de fer, prendre le train pour Avignon.

Sept ans après, hélas! l'année de la catastrophe, je reçus cette lettre:

Paris, 31 décembre 1870.

"Mon Capoulié, je t'envoie par le ballon monté un gros tas de baisers. Et il me fait plaisir de pouvoir te les envoyer en langue provençale; comme ça je suis assuré que les Allemands, si le ballon leur tombe dans les mains, ne pourront par lire mon écriture et publier ma lettre dans le _Mercure de Souabe_.

"Il fait froid, il fait noir; nous mangeons du cheval, du chat, du chameau, de l'hippopotame (ah! si nous avions les bons oignons, le _catigot_ et la _cachat_ de la Ribote de Trinquetaille!) Les fusils nous brûlent les doigts. Le bois se fait rare. Les armées de la Loire ne viennent pas. Mais cela ne fait rien. Les gens de Berlin s'ennuieront quelque temps encore devant les remparts de Paris .................................................... ...................................................................... ...................................................................... "Adieu, mon Capoulié, trois gros baisers: un pour moi, l'autre pour ma femme, l'autre pour mon fils. Avec ça, bonne année, comme toujours d'aujourd'hui à un an.

Ton félibre, Alphonse DAUDET."

Et puis, on viendra me dire que Daudet n'étais pas un excellent Provençal! Parce qu'en plaisantant il aura ridiculisé les Tartarin, les Roumestan et les Tante Portal et tous les imbéciles du pays de Provence qui veulent franciser le parler provençal, pour cela Tarascon lui garderait rancune?

Non! la mère lionne n'en veut pas, n'en voudra jamais au lionceau qui, pour s'ébattre, l'égratigne quelquefois.

FIN


Mes Origines. Memoires et Recits - 53/53

Previous Page

  1   10   20   30   40   48   49   50   51   52   53 

Schulers Books Home



 Games Menu

Home
Balls
Battleship
Buzzy
Dice Poker
Memory
Mine
Peg
Poker
Tetris
Tic Tac Toe

Google
 
Web schulers.com
 

Schulers Books Online

books - games - software - wallpaper - everything