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- L'Avare - 4/34 -
- Harpagon - De qui veux-tu parler ?
- La Flèche - Des avaricieux.
- Harpagon - Et qui sont-ils, ces avaricieux ?
- La Flèche - Des vilains et des ladres.
- Harpagon - Mais qui est-ce que tu entends par là ?
- La Flèche - De quoi vous mettez-vous en peine ?
- Harpagon - Je me mets en peine de ce qu'il faut.
- La Flèche - Est-ce que vous croyez que je veux parler de vous ?
- Harpagon - Je crois ce que je crois ; mais je veux que tu me dises à qui tu parles quand tu dis cela.
- La Flèche - Je parle... je parle à mon bonnet.
- Harpagon - Et moi, je pourrais bien parler à ta barrette (3).
- La Flèche - M'empêcherez-vous de maudire les avaricieux ?
- Harpagon - Non ; mais je t'empêcherai de jaser et d'être insolent. Tais-toi.
- La Flèche - Je ne nomme personne.
- Harpagon - Je te rosserai si tu parles.
- La Flèche - Qui se sent morveux, qu'il se mouche.
- Harpagon - Te tairas-tu ?
- La Flèche - Oui, malgré moi.
- Harpagon - Ah ! Ah !
- La Flèche - (montrant à Harpagon une poches de son justaucorps.) Tenez, voilà encore une poche : êtes-vous satisfait ?
- Harpagon - Allons, rends-le-moi sans te fouiller.
- La Flèche - Quoi ?
- Harpagon - Ce que tu m'as pris.
- La Flèche - Je ne vous ai rien pris du tout.
- Harpagon - Assurément ?
- La Flèche - Assurément.
- Harpagon - Adieu. Va-t-en à tous les diables !
- La Flèche - Me voilà fort bien congédié.
- Harpagon - Je te le mets sur ta conscience, au moins.
----------- Scène IV. - Harpagon.
- Harpagon - Voilà un pendard de valet qui m'incommode fort ; et je ne me plais point à voir ce chien de boiteux-là. Certes, ce n'est pas une petite peine que de garder chez soi une grande somme d'argent ; et bienheureux qui a tout son fait bien placé, et ne conserve seulement que ce qu'il faut pour sa dépense ! On n'est pas peu embarrassé à inventer, dans toute une maison, une cache fidèle ; car pour moi, les coffres-forts me sont suspects, et je ne veux jamais m'y fier. Je les tiens justement une franche amorce à voleurs, et c'est toujours la première chose que l'on va attaquer.
----------- Scène V. - Harpagon ; Élise et Cléante, parlant ensemble, et restant dans le fond du théâtre.
- Harpagon - (se croyant seul.) Cependant, je ne sais si j'aurai bien fait d'avoir enterré, dans mon jardin, dix mille écus qu'on me rendit hier. Dix mille écus en or, chez soi, est une somme assez... (À part, apercevant Élise et Cléante.) O ciel ! je me serai trahi moi-même ! la chaleur m'aura emporté, et je crois que j'ai parlé haut, en raisonnant tout seul. (À Cléante et Élise.) Qu'est-ce ?
- Cléante - Rien, mon père.
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