Ceux qui se souviennent du Banquet de Platon savent combien le cherché s’esquive, le divin, ce qui dans l’offre se retire. Evitons, cependant, une lecture platonisante. Héraclite ne cherche pas un accès à un autre monde. Son champ d’action est exclusivement celui-ci. Le divin s’offre et se retire dans le temps et dans l’espace où nous vivons et sommes.
Des choses divines la majeure partie, par manque de confiance, échappe à la connaissance. (B 86)
Personne n’ignore tout. La pure information des sens, quoique précaire, est encore savoir. On touche, on déguste, on sent le divin. Tout savoir, néanmoins, est mêlé de non-savoir. Si nous ignorions entièrement ce que nous cherchons, comment nous mettrions-nous en chemin?
Ceux qui aiment le savoir se surprennent être malheureux bien avant Platon. L’ardeur dirigée vers ce qui fuit de tous s’agite dans la mêlée du découragement et de l’espoir. Le manque de confiance est évasion sans vestige. Le philosophe est, pourtant, amant malheureux; pour maintenir allumée la flamme du désir, il combat sa propre méfiance.
Le Discours co-(mm)-un, le divin, est ce qui se cherche. Pendant que nous sommes en chemin, nous proférons ces discours partiaux, nécessaires pour être ce qui nous maintient en marche; précaires, parce que le non-dit supère de beaucoup ce qui se dit. Les irrémissiblement désespérés, par fatigue, décrètent la parcelle suffisante. De ceux-ci l’histoire présente de notoires exemples. Pour se soigner du désespoir ils s’enfoncent dans le désespoir, déclarant tout le bien peu qu’ils ont.